Duel de légende de football : « Boca Junior vs River Plate »

Publié: 10 octobre 2006 dans Sport

Je ne suis encore jamais allé en Amérique du Sud, qui d’ailleurs rien ne l’illustre mieux que le tango. A la fois mélancolique et inspiratoire, le tango est déclencheur d’une marée d’émotions. On est chaviré entre la fierté par l’amour passionnel, puis balancé d’un coup dans la tristesse romantique. 

Ce n’est donc pas surprenant que l’autre symbole de cette passion et de ce romantisme réside dans le football, incarné notamment par la rivalité entre deux clubs historiques de la capitale. Le DVD de la série ”Duels de Légende”, nous permet de découvrir les dessous de cette confrontation légendaire en son et images, qui, non contente de son statut légendaire, se réclame comme étant le Superclásico, le duel le plus important de l’Amérique du Sud. D’un côté, il y a le River Plate, incarné par un maillot blanc traversé par une rayure rouge qui monte en diagonale, d’en bas à gauche jusque en haut à droite. Club qui a enfanté de nombreuses stars connues en Europe, ces dernières années (notamment : Ortega, Crespo et Batistuta, pour en nommer que certains), le River apparaît dominateur, auréolé d’une pléiade de trophées. De l’autre côté, il y a Boca Juniors, club du Diego Maradona. Boca symbolise peut-être avec plus d’authenticité le pueblo, la communion entre le peuple et la rue, et le rêve d’une gloire inattendue. La légende dit que les fondateurs du club ont décidé un jour que les couleurs du club seront celles du premier bateau à entrer dans le port; la destinée a voulu que celui ci soit un bateau suédois.

 

La comparaison est spécialement bien illustrée par une phrase de Tito, un supporter: “Plus le Boca perd, plus nous avons envie d’aller les soutenir.” Le lien spirituel avec les habitants est tout trouvé. Les deux clubs partagent cette identification avec le statut de challenger, ancré dans un sentiment d’injustice historique et le besoin, ainsi qu’une volonté permanente, à défier l’ordre établi. Pour ceux qui n’auraient pas compris ce dévouement, il rajoute: “Le jour de ma mort, je veux être enterré en supporter de River, ainsi cela en fera un de moins.” Mais, si jamais il change d’avis, il pourra être enterré dans un cercueil décoré des couleurs de son club, ce qui illustre aussi très bien le soutien farouche des supporters inconditionnels de Boca, surnommés aussi « La Doce ».

 

Détrompez-vous, tout n’est pas violence. Beto Gonzalez, chargé des relations publiques du River, résume toute l’attitude de River en disant : “C’est bien qu’il y ait le Boca. Sinon de qui se moquerait le River?” Nulle moquerie n’est peut-être plus révélatrice de la rivalité entre les deux clubs que les pincements du nez que les supporters de River, surnommés aussi « Gallinas », miment à la vue des supporters de Boca. Ce geste, insinuant soi disant la mauvaise odeur des supporters de Boca, les humilient pour leur héritage modeste, qui est le symbole du Boca. Car les supporters de River sont aussi appelés “milionarios” (les millionnaires), et sont fortement conscients de leur statut, renforcé par l’élection de River comme “le club argentin du siècle” en 2000. A première vue, le positionnement des stades des deux équipes, la Bombonera situé dans le quartier ouvrier de la Boca, et le stade de River, situé dans l’influent district de Nunez, ne fait que renforcer ce sentiment de séparation économique et sociale entre les supporters des deux clubs.

 

Cependant, le paradoxe de cette rivalité basé sur les racines et les moyens économiques qui sont apparents aujourd’hui, car, en outre des trophées gagnés, les supporters des deux clubs ont les mêmes origines. C’est dans le football lui-même, l’opposition pure et simple des deux équipes, et les styles de jeu entrepris par les équipes et leurs joueurs, qu’a été construit ce duel d’identités. Ainsi la fierté du River réside dans le sens du jeu collectif (en plus du talent individuel), symbole d’une plus grande sophistication, peut-être même de maturité. Ce style a d’abord été porté par La Maquina, le nom donné à l’équipe de River des années 40, qui est la première ayant donné ses lettres de noblesses au club. Le documentaire est particulièrement divertissant et varié.

Mais il y a un autre “mythe” qui tombe: on se rend compte de quelque chose qui devrait être évident, mais qui s’est un petit peu perdu ses dernières années tant le Brésil fut dominateur et médiatique sur la scène mondiale. Il devient clair, ceci non seulement grâce au rappel du génie de Maradona, que le football technique, artistique, est autant au centre de la conception du football argentin que du brésilien. La quête de la feinte parfaite, l’amour du beau geste, du jeu audacieux, du geste trompeur et le sens du théâtral, sont finalement autant de valeurs du football argentin que d’autres. Est-ce le succès de River et sa vocation collective qui ont aidé à déplacer cet aspect du football argentin au deuxième plan? Cependant, en vue des talents qui ont porté les deux maillots du River et de Boca, il serait injuste de réserver cette faculté au seul Boca. Le River a d’ailleurs développé un centre de formation et une ambition – appelée “la palette noire” – qui reflète cette vision et cette envie de dénicher et nourrir le talent individuel.

 

Inutile d’aller plus loin, le DVD est rempli de pleins de petits délices pour les fans de football avides de connaissances ou de souvenirs. Les scènes de folie collectives qui surviennent à l’entrée des équipes dans l’un des deux stades, ou après un but, captent bien l’énergie débordante des supporters enflammés .

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commentaires
  1. Unknown dit :

    je te remercie de ta visite j’aiaime bien ton blog bises et bon  ciné

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